Méthode
Comment on passe de 2,6 millions de lignes à des chiffres fiables
Vous n'avez pas à nous croire : tout ce qui suit peut être refait à partir des données publiques et du code source.
La source
Chaque ministère fédéral doit publier ses contrats de plus de 10 000 $ tous les trois mois. Le gouvernement les réunit dans un seul fichier sur ouvert.canada.ca. Nous le téléchargeons en entier. Dernier téléchargement : 14 oct. 2026.
1. Une ligne n'est pas un contrat
Quand un contrat est modifié, le ministère publie une nouvelle ligne avec le nouveau total. Additionner toutes les lignes compte donc le même contrat plusieurs fois. Nous gardons seulement la version la plus récente de chaque contrat (même ministère, même numéro d'achat).
Résultat : 1 313 299 lignes deviennent 1 038 165 contrats. Pour 2024-2025, l'addition naïve donnerait 96,9 G$ ; le vrai total est 56,6 G$.
2. Les offres à commandes sont mises à part
Une « offre à commandes » est un plafond : le fournisseur peut recevoir des commandes jusqu'à ce montant, mais rien n'est encore engagé. Les additionner gonflerait artificiellement les totaux. Nous les excluons.
3. Les erreurs évidentes sont écartées, et montrées
Nous mettons une version de côté seulement quand elle se contredit elle-même : plus de 100 M$, plus de 50 fois toutes les autres versions du même contrat, et plus de 50 fois sa propre valeur d'origine et sa propre modification. La règle est volontairement étroite : un contrat qui a vraiment grossi ne doit jamais être caché.
4. Les noms sont regroupés, prudemment
« IBM CANADA LTD. », « IBM Canada Limited » et « IBM CANADA LTEE » sont la même entreprise. Nous regroupons les noms qui ne diffèrent que par les majuscules, les accents, la ponctuation ou la forme juridique (Inc., Ltée, Limited, s.e.n.c.r.l.…). Nous ne regroupons pas les filiales ni les entités distinctes d'un même groupe. Chaque fiche affiche toutes les façons d'écrire le nom qu'elle réunit. Une entreprise qui reçoit à la fois des contrats et des subventions a une seule fiche.
5. Les subventions et contributions
Même source, même piège : le fichier des subventions et contributions republie chaque entente à chaque modification, avec sa nouvelle valeur totale. Nous gardons la dernière version officielle de chaque entente. Depuis 2017, l'addition naïve donnerait 947,7 G$ ; le vrai total est 827,8 G$.
Ici, pas de mise en quarantaine automatique. Nous l'avons testée, puis retirée : les grands écarts entre versions d'une même entente se sont tous révélés réels (une entente annulée et ramenée à 0 $, un montant symbolique remplacé par la vraie valeur). Une règle qui aurait « corrigé » ces cas aurait effacé des faits.
Les particuliers ne sont jamais nommés. Le gouvernement publie certains versements à des personnes (et des « rapports en lots » qui les regroupent). Nous les comptons dans les totaux, sans jamais afficher de nom ni les rendre cherchables.
6. La période
Les fiches couvrent les contrats signés depuis le 1er avril 2017. Avant, les déclarations sont trop inégales d'un ministère à l'autre pour être comparées. Les entreprises et organismes qui ont reçu 1 M$ ou plus (contrats et subventions additionnés) ont une fiche complète ; tous les autres sont dans la recherche.
7. Les signaux « À examiner »
Six règles simples, les mêmes pour tous, repèrent les contrats qui méritent une explication : croissance après signature, saut de valeur, absence d'appel d'offres, soumissionnaire unique, modifications en série, petits contrats répétés. Elles sont décrites une à une sur la page À examiner, avec ce qui les explique souvent sans faute de personne. Le fichier fédéral indique aussi si un contrat a été accordé à un ancien fonctionnaire : nous n'utilisons pas ce champ, qui vise des personnes plutôt que l'usage de l'argent.
8. Les écarts et la trace des contrats
Un écart compare la valeur actuelle d'un contrat au montant signé. Le drapeau apparaît à partir de +10 % (contrats signés à 25 000 $ ou plus) : jaune de +10 à 25 %, orange de +25 à 50 %, rouge au-delà. Au-delà de 20 fois le montant signé, on parle de « saut à vérifier » plutôt que d'écart. Les contrats de 5 M$ et plus, ceux qui ont grossi de plus de 50 % (à partir de 250 000 $) et les ★ à examiner ont une fiche qui montre chaque déclaration trimestrielle, dans l'ordre : c'est la trace de l'argent d'un contrat.
Ce que les chiffres veulent dire
- Valeur engagée, pas dépensée. Un contrat de 25 ans est inscrit en entier à sa date de signature.
- Taxes comprises, selon la consigne du Conseil du Trésor.
- « Sans appel d'offres » est la méthode déclarée par le ministère. Ça ne veut pas dire illégal : les règles le permettent dans plusieurs cas (fournisseur unique, urgence, petite valeur). La raison est dans la fiche officielle de chaque contrat.
- Un signal n'est pas une accusation. Chaque écart mérite une explication avant une interprétation.
Une erreur ?
Si un chiffre vous semble faux, signalez-le. Les corrections sont faites en public et datées.